Dayron Robles, l'un des plus grands espoirs du moment sur les haies, a fait un passage en France au mois de juin. Le temps de disputer trois courses, confirmer son talent et ... de découvrir la musique française. Portrait d'un jeune Cubain promis à un bel avenir.
15h30, premières gouttes de pluie sur le tartan du stade Jean-Bouin. Tribunes clairsemées en ce dimanche 17 juin 2007. Plus tard, quelques parapluies ont éclos autour de la piste, et les gradins se sont renfloués.
16h30, les hurdlers sont dans les starting-blocks, imperturbables malgré l'averse. Parmi eux, un athlète sort du lot. 20 ans, 1m92, moulé dans une combinaison noire et argentée. Et surtout, une chaîne en or autour du cou, qui se soulève au rythme des haies. Imperturbable et pourtant auteur d'un faux départ. Le jeune homme laisse deviner un caractère un peu flambeur. Mains sur les hanches, menton relevé, petite grimace avec la langue, ça rappelle certains coureurs.
Puis la course part vraiment, sono à fond. Dernier à se mettre dans les starts, mais premier à l'arrivée. Les manières sont vite oubliées quand le jeune homme déroule ses foulées entre les obstacles, avec une fluidité impressionnante. Ce surdoué, c'est Dayron Robles, la star montante du 110m haies.
Pour rappel, lors des Championnats du Monde en salle à Moscou en 2006, le Cubain termine second du 60m haies. L'été arrive, et il claque un chrono de 13''00 à Stuttgart. A 19 ans.
De passage en France depuis une semaine, avec deux courses dans les jambes (Lille-Métropole et Noisy-le-Grand), il réalise 13''26, sur une piste détrempée, en touchant l'avant-dernière haie.
Une fois sa course et le contrôle anti-dopage passés, le jeune homme discute tranquillement avec d'autres athlètes cubains et son entraîneur, Ricardo Santiago Fernando. Derrière la tribune, c'est presque un autre garçon qui est assis là, sur un tabouret de fortune. La chaîne en or est rentrée, le visage plus détendu, et des lunettes sont posées sur son nez. Tout cela lui donne l'air plus accessible, et plus posé.
Posé, un mot qui lui correspond sur certains aspects. A vingt ans, il est déjà physiothérapeute, et vient de commencer une formation pour être entraîneur. Chose assez rare à cet âge, et à ce moment-là d'une carrière.
Posé aussi, car conscient du travail fourni pour arriver là où il est. « Je ne suis pas si surpris que ça de ma réussite. Je me prépare pour cela, c'est plutôt dans la logique des choses ». Comme son chrono du jour.
Posé encore, son regard sur sa jeunesse, qu'il apprécie comme un atout majeur. « Ils ont peut-être plus d'expérience, mais moi, je n'ai rien à perdre. Quand je cours, ça ne me préoccupe pas ».
Pourtant, ses performances l'amènent à côtoyer la crème des hurdlers, qu'il admire beaucoup. Parmi eux : Johnson, Doucouré, Xiang, Trammel, Olijars, Arnolds... « Et Dayron Robles ! » conclut-il avec humour.
« Mais, s'empresse-t-il de rajouter, mon modèle, c'est, et ça reste Anier Garcia ». Les cubains, chauvins ? Il faut dire que le jeune homme co-détient le record de l'île avec le Champion Olympique de Sydney. « Je m'entraîne à La Havane, comme lui, et après mes séances, je reste souvent pour le regarder s'entraîner ».
COLEREUX ET RANCUNIER
A la question incontournable de ses débuts dans l'athlétisme, Dayron Robles répond par un geste de la main. Ses doigts indiquent le chiffre dix. Mais vers l'âge de treize ans, il s'oriente sur les haies, sur les conseils de son entraîneur de l'époque. Il en a eu trois depuis. Fort d'un beau palmarès chez les jeunes (vice-champion du monde junior en 2004, vainqueur des Jeux Pan-Américains en junior en 2005), il passe un cap l'an dernier. Au départ du 110m haies le plus rapide du monde, le 11 juillet 2006 à Lausanne, il finit quatrième en 13''04. Devant lui, le Chinois Liu Xiang bat le record du monde en 12''88. « Le fait d'être dans cette course m'a poussé à prendre le rythme imposé, et à passer la vitesse supérieure. J'ai franchi une étape ce jour-là ».
A Cuba, sa vie est « tranquille ». Il ne s'entraîne qu'une seule fois par jour, pendant deux heures environ. Le reste du temps, il étudie ou écoute de la musique. On l'aurait compris ; pendant tout le temps que dure l'interview, le lecteur mp3 du hurdler est resté allumé, et son casque accroché sur sa cuisse. « J'aime beaucoup la musique, et mes goûts sont très variés : j'écoute de tout, des choses anciennes ou très actuelles. Pas mal de musique cubaine bien sûr, mais j'ai découvert un peu de musique française pendant mon séjour, et j'aime bien ».
Fidèle à ses valeurs latines, il est entouré par ses proches : « J'ai la chance d'avoir grandi dans une famille très unie, qui me soutient dans mon sport ». Pour preuve : ce gros médaillon pendu au bout de sa chaîne. A l'évocation de l'objet fétiche, il le saisit et l'embrasse. « Ce médaillon a une signification religieuse. Il représente une sainte qui porte le même nom que ma mère, Regla ».
Sans jamais se départir de son sens de l'humour, il reconnaît aussi avoir des défauts, plus ou moins touchants « Je me mets en colère facilement, et je suis très, très rancunier ». Sa fierté de cubain l'amène même à cacher ses états d'âme quand le moral n'est pas toujours là. « Je ne montre pas quand j'ai mal, je le garde pour moi, et je l'exprime sur les haies ».
Ses rivaux sont prévenus : les jours de blues, Dayron Robles peut faire parler la poudre.
