Enigmatique, visqueux et délirant, le nouvel opus de la trilogie Pirates des Caraïbes reste fidèle à la recette qui a fait son succès.
« L'âme des pirates jamais ne mourra », c'est bien l'impression que l'on a, au regard du troisième volet de la saga « Pirates des Caraïbes, Jusqu'au bout du monde ». Il a été tourné en partie en même temps que le deuxième épisode, « Le secret du coffre maudit ». Si selon le capitaine Barbossa, « il faut s'égarer pour trouver l'introuvable », les Studios Disney, eux, savaient où ils allaient. 200 millions de dollars d'investissement, succès assuré. En effet : le film s'est distingué mardi en devenant le plus gros succès de l'histoire sur ses six premiers jours d'exploitation, avec un cumul de 401 millions de dollars de recettes.
Gore Verbinski réinvente pour la troisième fois avec audace le genre du film de piraterie. Les ingrédients sont là : vaisseaux rapides, toutes voiles – déchirées – dehors, hygiène douteuse des pirates, rhum a volonté, violence, trahisons en série, carte au « trésor », et bien sur, de l'amour. Pour ce dernier opus, les maîtres mots restent l'humour et l'originalité. De l'amour, oui, mais un amour perdu, à reconquérir. Une carte, oui, mais un trésor particulier. Et de nombreux instants très comiques.
Si l'affiche française du film présente un Johnny Depp seul, Gore Verbinski n'a pas hésité à le dédoubler à plusieurs occasions. Cependant, ses compagnons ne sont pas loin de lui voler la vedette. Geoffrey Rush (le capitaine Barbossa) est plaisant, Keira Knightley, alias Elizabeth Swann, n'a pas froid aux yeux, et sa promotion au rang de Reine des Pirates lui donne des ailes. Orlando Bloom prend des couleurs et une décision, il choisit enfin son camp.
Les personnages s'affirment, les relations se compliquent, les secrets sont lourds à porter. Will Turner et Elizabeth Swann vivent une histoire tourmentée, et se découvrent sous un autre jour. Cette romance prise dans le sillage du Black Pearl, a une issue pour le moins originale, et complètement inattendue.
Nous avons désormais la preuve que Jack Sparrow est mégalo et fou à lier. Johnny Depp fait désormais partie du décor, mais trouve le moyen de faire briller son personnage tout au long de ces 2H48 de film. Le dandy flibustier, toujours aussi drôle, baroque et imbibé de rhum, est excellent. On est pourtant surpris de découvrir que cet homme a une raison, qui lui dicte quelques phrases d'une lucidité tour à tour fataliste et ironique. Et le seul à le remettre à sa place sans qu'il ne réplique, c'est son père, sous les traits de Keith Richards, le guitariste des Stones.
Moins confus que le second épisode, « Jusqu'au bout du monde » vaut la peine d'être vu. Pas d'inquiétude, le film est suffisamment indépendant pour pouvoir être compris.
Un blockbuster donc, garni d'effets spéciaux à couper le souffle, ou devrait-on dire, à en boire la tasse, comme dans l'ultime scène d'assaut, effrayante.
Troisième et dernier volet ? Rien n'est moins sûr. Il ne serait pas impossible de retrouver Johnny Depp, affublé de son costume de boucanier, sur les écrans d'ici l'été 2009. Gore Verbinski a cependant fait savoir qu'il ne reprendrait pas la barre si le projet venait à se réaliser.
