Ancien athlète de haut niveau, aujourd'hui reconverti entraîneur dans deux disciplines différentes, conseiller technique, à 37 ans, ce Breton n'a pas peur du travail. A Nice, lors des Championnats de France des lancers longs, portrait d'un lanceur de marteau... végétarien.
Calme, attentif, assis sur le bord d'une table, on retrouve Gilles Dupray sur le tartan bleu ciel du stade Nikaia. Calme, parce que c'est sa nature. Attentif, parce que sa compagne, Sarah Walter, vient de débuter son concours de lancer de javelot. Il l'observe lancer, puis s'approche. Là, c'est l'entraîneur qui parle. Des conseils avisés, à voix basse, avec le sourire. En attendant le prochain essai, il va saluer un entraîneur de lancer de marteau, sa vraie spécialité. Détenteur du record de France avec 82m38, mais surtout « premier Français à 80 mètres, et ça on ne me l'enlèvera jamais ».
Sarah s'élance pour son troisième essai : 55m45. Encore des conseils. Ce couple se ressemble : discret, posé, cheveux longs et emmêlés, et chacun détient le record national dans sa spécialité. Gilles est breton, on le sait et on le sent. Un triskell et le drapeau breton imprimés sur son t-shirt, il en impose encore. 1m86 pour 102 kilos en ce moment : « Le fiston qui est en CAP boulangerie-pâtisserie nous fait profiter de ce qu'il apprend à la maison... ». A l'époque de son record de France, en 2000, il pesait 127kg. Mais son titre le plus impressionnant doit être celui de double champion du monde et recordman du monde de ... lancer de menhir ! N'est pas Breton qui veut.
De 1991 à 1995, il s'entraîne à l'Insep, dans le groupe de Guy Guérin, l'entraîneur national. Un groupe dans lequel il apprend beaucoup, techniquement et sur le plan de l'entraînement. Gilles Dupray quitte l'Insep avec un record à 76 mètres et retourne s'entraîner chez lui, à Lannion, en autodidacte. « J'ai racheté une ancienne ferme pour y installer une salle de musculation ». Un cadre très champêtre pour un athlète de ce niveau-là : « J'ai construit une aire de lancer dans un pré, avec trois cent moutons et des chevaux dans les champs à côté ».
Une méthode qui fonctionne : en 2000, il est sélectionné pour les Jeux de Sydney avec la seconde performance d'engagement. C'est sans doute la plus grande désillusion de sa carrière. Double hernie discale quelques jours avant les qualifications, un concours sous une pluie torrentielle, 10ème avec 75m05 à l'arrivée. « Mon pire souvenir d'athlète, ça n'aurait pas du se passer comme ça... Encore aujourd'hui, je ne pense pas avoir avalé la pilule». Sur le coup, 2001 est une année blanche, sans compétitions. S'ajoute l'handicap d'un dos fragile, outil indispensable du lanceur. Son dernier concours remonte à 2002, et entre-temps, il se réalise « de l'autre côté de la barrière ». Il devient conseiller technique en 2003 et il est muté en Alsace, où il rencontre Sarah. Très vite, il apprend la technique du javelot et deux ans plus tard, il revient en Bretagne avec elle et devient son seul entraîneur.
Son concours vient d'ailleurs de s'achever. Championne de France, l'Alsacienne sera sélectionnée pour la Coupe d'Europe hivernale. Elle rejoint Gilles pour assister au concours de marteau féminin. Entre deux jets et à voix basse, elle explique que leur « promiscuité » ne facilite pas la relation entraîneur-athlète. « Heureusement, Gilles n'est pas dans l'excès, il a ce côté rationnel. Mais il peut être têtu parfois ! ». Réponse de l'intéressé : « Je ne suis pas têtu, mais assez intransigeant et extrêmement perfectionniste ».
Ça, Sarah Bensaad l'a rapidement compris. Cette lanceuse de marteau bordelaise, âgée de dix-neuf ans quand elle rencontre Gilles pour la première fois, reste marquée par ses paroles. « Il m'a dit que si je continuais à lancer de cette manière, je perdais mon temps et lui aussi. Message reçu ! » Réservé en apparence, mais très présent pour les athlètes. Son apparence est doublement trompeuse puisque malgré quelques locks, il travaille énormément au niveau de son département, de la ligue et sur le plan national. « Un fonctionnaire travaille cent soixante heures par mois, moi, dans les trois cent. L'année dernière, j'ai enfin réussi à prendre une semaine de vacances ».
Son regard bleu peut paraître dur aux premiers abords, mais c'est un homme simple et toujours à la recherche du positif.